EN MARGE DE TOUTES LES MARGES, MIREILLE SEMRE

A voir à la médiathèque de Port-Louis, jusqu’au 30 septembre, l’exposition de peintures et dessins de Mireille Semré. Une exposition qu’éclaire bien le beau texte -ci-dessous- de Frédérique Hily Maladin, dit lors du vernissage.

On n’aborde pas la peinture de Mireille Semré de façon indifférente ou légère. D’emblée, la dimension tragique de l’œuvre s’impose. En surface, teintes douces, presque fanées, sobriété chromatique. Enveloppe calme. Ce n’est qu’un voile, une épaisseur qui en cache une autre puis une troisième et quelques autres encore. Strates vivantes. Quelque part, un trait, un signe, une griffure écarlate : une interpellation que l’on oublie aussitôt, le sujet se trouve en profondeur. Dessous, il nous attend. Et Mireille Semré nous accompagne vers ce rendez-vous. A la meuleuse, par l’essuyage et les remords, les recouvrements et autres itinéraires de délestage inventés, les couches se révèlent, s’estompent, s’effacent pour laisser poindre l’âme du tableau.
Une recherche dans la matière pour ressusciter l’histoire, la vérité humaine. Des corps disloqués, amputés, incomplets, fugitifs, juste une empreinte. Pas de tête, pas de visage, un contour parfois. Corps anonymes. Ames déracinées, éparpillées, oubliées. Pourtant, elles nous regardent, s’accrochent et nous interrogent. Sans narration ni mode d’emploi, chacun décidera de son cheminement. Mireille Semré ne fait qu’ouvrir les espaces et les pensées.
A travers les trois thèmes exposés ce mois-ci à la médiathèque de Port-Louis « Clins d’œil à Manet Velasquez et Ingres » dans le hall, « Portraits » dans le couloir et « En marge de toutes marges » dans l’auditorium, elle engage le regardeur dans une interaction avec le sujet.
Qui voit ? Qui est vu ?
Relation presque métaphysique émanant d’une démarche expérimentale faite de prises de risque et d’accidents que Mireille Semré ( je la cite) « laisse parler car sans eux on ne peut pas peindre, il n’y a pas de plaisir ni de liberté à la personne qui regarde. C’est de l’exécution ».
Les sentiments ne sont pas dictés, les expressions ne sont pas tracées et étrangement face à ces vides et ces absences ou imprévus, une présence sous-jacente, forte nous envahit. Marque indélébile.

Frédérique HILY MALANDAIN

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Un septembre FMR (suite)

Éphémères et belles nouvelles de la semaine :
1 : Cette semaine, dans notre atelier-laboratoire, cerné et entouré par la ronde des 36 femmes croquées par l’artiste Muriel Louette, le Maître Tapissier Daniel Cordeau cornaque 12 jeunes filles de Lorient, en cours de formation. Un apprentissage hors-classe voulu par Zohra Sahli, qui dirige l’association Initiatives au Féminin.

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2 : Le Dimanche 17 Septembre et dans le cadre des Journées du Patrimoine, Pierre Delgado – lecteur et traducteur de l’oeuvre rare, brûlante, vitale et intense, du poète portugais Alberto PIMENTA – sera accompagné par la voix de Joël Jouanneau et l’accordéon de Dominique Rivière pour une lecture- spectacle de 45 minutes. Cela se tiendra, à deux reprises, dans la Grande Poudrière. A 15h puis 16h30. L’entrée y est libre et gratuite.

UN SEPTEMBRE FMR (Suite)

Ephémères et belles nouvelles de la semaine :
1 : Cette semaine, dans notre atelier-laboratoire, cerné et entouré par la ronde des 36 femmes croquées par l’artiste Muriel Louette, le Maître Tapissier Daniel Cordeau cornaque 12 jeunes filles de Lorient, en cours de formation. Un apprentissage hors-classe voulu par Zohra Sahli, qui dirige l’association Initiatives au Féminin.

2 : Le Dimanche 17 Septembre et dans le cadre des Journées du Patrimoine, Pierre Delgado – lecteur et traducteur de l’oeuvre rare, brûlante, vitale et intense, du poète portugais Alberto PIMENTA – sera accompagné par la voix de Joël Jouanneau et l’accordéon de Dominique Rivière pour une lecture- spectacle de 45 minutes. Cela se tiendra, à deux reprises, dans la Grande Poudrière. A 15h puis 16h30. L’entrée y est libre et gratuite.

AVIS DE RECHERCHES (suite)

Ce sera vendredi. Là tout de suite oui. Le 8 septembre donc. Et conformément au calendrier.  Ce sera à 18h30. Le clocher en attestera. Ce sera à L’éphémère. Après disparition des photographes. Ce sera l’installation des 36 femmes d’ici. Lesquelles seront suspendues en cercle, après s’être abandonnées aux crayons, fusains, pastels de l’artiste Muriel Louette.  Cela se poursuivra à 19h30 à la Médiathèque Pondichéry avec la présentation des récentes toiles de Mireille Semré, accrochée ou filmées. Dans les deux cas la peinture sera en tous ses états. Ce qui s’arrosera avec passion. Et modération. On refusera du monde. Et plus tard on s’en souviendra. JJ   

Accrochage provisoire à l’Ephémère: les lés seront mis en scène et fixés au plafond…

Elle a neuf ans, mais ce n’est pas certifié, elle a pour nom Ronce-Rose, elle est seule chez elle et depuis trois jours elle attend le retour de son possible père : Mâchefer. Qui s’occupe des banques, des stations services et des bijouteries. Sur un assez large secteur. Avec son révolver à eau. Mais le retour se fait attendre. Alors la gamine part à la recherche de celui qui lui a tout appris. Elle se risque en ville. Pour nous revenir,  bredouille et nous faire le récit de son odyssée. Elle a une logique bien à elle. Une logique qui déséquilibre. Ou désarçonne pour peu qu’on l’écoute à cheval. Il faut dire qu’elle s’appuie sur les mots de l’auteur, Eric Chevillard. Quand j’ai lu son livre, à l’automne dernier, je me suis dit :  Mon bonhomme, c’est trop beau ce que tu viens de lire là, tu vas devoir de nouveau te remettre à l’ouvrage et retrouver les plateaux du théâtre. Ce qui à mon âge n’est pas non plus sans risques. Mais j’ai auprès de moi un atout majeur : Anne Caillère. Une dame de pique. Comédienne haut de gamme. Elle est à Port-Louis. En résidence. Pour une semaine à mes côtés. En avant-première, tous les deux, on vous présente cette première étape de travail. Cela se passera dans la Grande Poudrière. Le vendredi 1er Septembre à 20h30. Cela dure moins d’une heure, c’est gratuit. Mais le nombre de places est limité à 50. Il faut doncimpérativement réserver à mon adresse mail, joeljouanneau@wanadoo.fr.  Ou par téléphone :0682360834

Lisières

J’ai fait ce matin, puis cet après-midi, une expérience existentielle étonnante. Elle s’est déroulée à L’Eldorado, au 28 rue des Dames où sont exposées des photographies de Emmanuel Madec, sous le beau titre de Lisières. Y être de permanence m’offre de belles plages de lecture et me permet d’observer les visiteurs, ce qui, en soi, est riche d’enseignements en une époque où tout un chacun se pense photographe. La sentinelle que je suis durant ces heures de garde, est alors confrontée dans le silence aux Totems et Fantômes de la déjà lointaine enfance de l’artiste, et plus encore à ses Affranchis, enfants singuliers si radicalement mis en scène par l’artiste qu’on les croirait voyants, venus d’ailleurs ou porteurs de secrets.

Au fil de mes heures d’attente je lis le journal de l’abbé Mugnier, ce fol abbé dont Anatole France disait qu’il était l’aumônier général de nos lettres, et qui fréquentait avec assiduité les salons mondains parisiens tenus par Madame de Noailles, les D’ormesson, ou les Vilmorin, tout un cosmos à particules où l’on peut dévorer du gibier tout en palabrant avec Huysmans, Gide, Cocteau, Georges Sand, Colette, Bergson, Morand, Barrés, Maurras, Péguy, Proust, Picasso, Claudel, Céline, Léautaud, Valéry, lesquels, quand ils sont présents, ne sont pas, on s’en doute, tendres avec les absents. Véritablement happé par les six cents pages de ragots et propos poivrés recueillis avec voracité par notre gourmand abbé, c’est fête pour moi d’être à mon poste.

Et cet après-midi, j’y viens, j’y arrive, relisant à 17h42 précisément le succulent passage suivant : Je note toujours. C’est l’une des formes de ma vie, peut-être la plus intéressante : non peut-être, mais certainement. J’y mets un maximum de sincérité qui est souvent plus que de l’indiscrétion. Je souhaite que ceux qui peuvent me lire le comprennent, me pardonnent et ne permettent pas que le prochain en souffre le moins du monde. Je n’incrimine personne, j’ai pitié de tous et je désire qu’on me traite de la même façon. Selon ma formule habituelle, tout est manqué sur cette terre ? j’entendis de petits rires et des chuchotements, j’eus le sentiment d’être à mon tour observé, je me suis même dit : tu es toi aussi sous surveillance, j’ai alors levé la tête et j’ai pu constater que les affranchis étaient sortis du cadre photographique où Emmanuel Madec les avait enfermés. J’eus la certitude qu’ils lisaient par dessus mon épaule, je ressentais leur souffle sur mon cou, mais le temps de me retourner ils avaient retrouvés leur place. Croyez moi si voulez, ne croyez pas si ne voulez pas. Dans les deux cas vous pouvez faire la même expérience, jusqu’au 3 septembre, à L’Eldorado, 28 rue des Dames, les vendredi samedi et dimanche de 10H30 à 12H30 et de 16H30 à 18h30. Joël Jouanneau

et toujours au mois d’Août…

 

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Avec : Anne Gautrin, « Passage des Âmes »

Virginie Le Conte, « Lodz »

Ania Winkler, « LA SOURCE », Vallée du Panjszir

François Fontes Abrantes, « Arbres »

BobNicol, « Timeless »

Olivier Braizat, « Voyage intérieur », Japon

De la colline à la mer

Tout commence en 1992 au château de Montvillargenne, situé à Gouvieux, petite bourgade au nord de Paris. Nous étions une quinzaine à avoir été sélectionnés pour accéder à une formation de technicien de laboratoire en photographie, dispensée par Philippe Guilvard et Brigitte Olivier, deux éminences grises de la technique et du savoir faire du métier.

Issu des quatre coins de la France, nous avions tous une pratique de la photographie déjà avancée. Nos désirs étant d’en faire une activité artisanale, ou d’aborder ce médium par une démarche plus artistique. Il s’est avéré par la suite et au fil des semaines qui ont suivi, que ce séjour de neuf mois allait être autre chose qu’une simple formation de l’apprentissage d’un métier. En effet, au-delà de l’enseignement et de la technique de laboratoire, l’aspect de la photographie dite d’auteur allait être largement abordé. Pour se faire, nous avons suivi les ateliers de Michel Séméniako, Franck Horvat, Marc Patho, Paulo Nozolino, Alain Fleig. Marie Jésus Diaz, des photographes qui par leur regard et leur démarche ont marqué l’histoire de la photographie. Ce fut une période extrêmement riche en rencontres, en échanges, confrontations, débats et en découvertes… et la fête aussi…

C’est tout cela qui nous lie encore, aujourd’hui, 25 ans plus tard.

Au cours de l’hiver 2016 et grâce aux réseaux sociaux, une partie de notre groupe s’est rejointe chez Anne à Belle-Isle en mer. C’est tout naturellement que nous avons décidé d’exposer ensemble, de croiser nos regards à travers cet appareil photographique qui reste pour beaucoup d’entre nous une raison d’être, un état permanent.

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